Pourquoi faire du réemploi de matériaux de construction ?

Elsa Debauge 12/02/2026
Tête Bobi

Le réemploi de matériaux de construction s’impose progressivement dans le secteur du bâtiment. Et pour cause: face à l’urgence climatique, à la raréfaction des ressources et à l’évolution des réglementations, le réemploi apporte une réponse concrète aux mutations profondes du secteur du bâtiment.

Architectes, maîtres d’ouvrage et bureaux d’études s’interrogent de plus en plus : pourquoi intégrer le réemploi de matériaux dans les projets de construction et de rénovation aujourd’hui ? Quels en sont les bénéfices concrets et mesurables ?

À travers cet article, nous vous proposons un éclairage complet pour comprendre les bénéfices environnementaux, humains, culturels et réglementaires du réemploi.

Les intérêts environnementaux du réemploi de matériaux

Le premier levier du réemploi concerne la réduction de l’impact environnemental du secteur du BTP, aujourd’hui particulièrement émetteur et consommateur de ressources.

Réduire la production de déchets du BTP

Le secteur du BTP est le premier producteur de déchets en France, avec plus de 213 millions de tonnes par an, selon l’ADEME [1]

Le réemploi permet, en donnant une seconde vie à des matériaux, de réduire cette quantité de déchets et donc d’éviter leur élimination prématurée.

Cette logique s’inscrit pleinement dans une démarche d’économie circulaire, en rupture avec le modèle linéaire traditionnel « extraire – fabriquer – jeter » :

Schéma classique de la construction : extraction de ressources et prodution de déchets

Schéma classique de la construction – Extraction de ressources et production de déchets (Encore Heureux, Matière Grise)

Préserver les ressources naturelles et réduire l’empreinte carbone

Réemployer un matériau, c’est aussi éviter sa fabrication neuve et donc limiter l’extraction de matières premières, les transports et les procédés industriels énergivores pour sa transformation.

Pour mesurer cet impact, les acteurs du bâtiment s’appuient souvent sur des indicateurs carbone. Par exemple, le réemploi d’une vasque en céramique permet d’économiser environ 62 kg.CO2.eq. À l’échelle d’un projet, ces économies deviennent rapidement significatives. Le réemploi d’environ 160 vasques permettrait ainsi de compenser les émissions annuelles moyennes d’un Français.

👉 Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter notre article sur le lien entre réemploi, carbone et réchauffement climatique

Au-delà du carbone, l’extraction de ressources modifie durablement les paysages, fragilise les sols et détruit les écosystèmes. Limiter cette extraction permet donc de construire plus sobrement, en préservant nos écosystèmes et en anticipant la finitude des ressources naturelles :

Impact de l'extraction d'une boule de cuivre sur les terrains alentours

Travail du photographe Dillon Marsh sur l’extraction minière – Mine de cuivre à Springbok (Afrique du Sud) 

Impact de l’extraction de la boule de cuivre au centre de l’image sur les terrains alentours

Les bénéfices humains et sociaux du réemploi dans le bâtiment

Construction d'une cloison en lames de dalles de faux plafond de réemploi

Construction d’une cloison en lames de dalles de faux plafond de réemploi – Bureaux de Bobi Réemploi (Lyon)

Le réemploi transforme également les pratiques professionnelles du secteur.

Contrairement aux matériaux neufs standardisés, il mobilise des compétences spécifiques : dépose soignée, diagnostic des matériaux, reconditionnement, stockage, traçabilité, remise en œuvre etc. Ces étapes nécessitent une main-d’œuvre qualifiée, créent des emplois locaux et participent à la valorisation de savoir-faire.

Finalement, plutôt que de payer la matière à travers l’achat de matériaux neufs, le réemploi valorise la rémunération du travail humain.

Les enjeux architecturaux, culturels et patrimoniaux du réemploi

Portes réemployées à la halle de colombelles à Caen, par Encore Heureux Architectes

Portes réemployées – Encore Heureux Architectes – Halle de Colombelles (Caen)

Le réemploi invite à changer de regard sur l’existant. Chaque bâtiment devient un gisement de ressources potentielles, et non plus un simple tas de déchets.

Le réemploi permet donc de préserver des éléments à forte valeur architecturale ou patrimoniale : menuiseries, sanitaires, éléments de second œuvre, matériaux anciens etc.

Intégrer ces matériaux dans de nouveaux projets enrichit l’architecture et donne du sens aux usages, tout en prolongeant l’histoire des lieux.

Un cadre réglementaire de plus en plus favorable au réemploi

La réglementation évolue de plus en plus en faveur du réemploi des matériaux de construction.

Depuis 2022, la RE 2020 valorise le réemploi dans le calcul de l’analyse du cycle de vie des bâtiments.
Les matériaux réemployés bénéficient d’un poids carbone considéré comme nul, ce qui constitue un levier puissant de diminution de l’empreinte carbone des bâtiments.

Par ailleurs, la loi AGEC a introduit le diagnostic PEMD, intégrant l’identification des ressources réemployables dès la phase amont des projets.

Pour plus de détails, consultez nos articles :

Conclusion : pourquoi intégrer le réemploi dès aujourd’hui

Le réemploi de matériaux de construction répond à des enjeux environnementaux, économiques et réglementaires majeurs. Il permet de réduire la production de déchets, de préserver les ressources naturelles, de limiter l’empreinte carbone des projets, tout en créant de l’emploi local et en valorisant le patrimoine existant.

Plus qu’une tendance, le réemploi s’impose comme un levier structurant de la construction durable.

Chez Bobi Réemploi, nous sommes convaincus que cette approche constitue une réponse concrète aux défis actuels et futurs du secteur. Face aux crises économiques, à l’augmentation du coût des matériaux et à la raréfaction des ressources, il est appelé à gagner en compétitivité par rapport aux matériaux neufs.

Bibliographie

[1] https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/7638-dechets-chiffres-cles-l-essentiel-edition-2024-9791029723186.html

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