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La mine urbaine

La pratique du réemploi consiste à concevoir des bâtiments à partir de ressources déjà là, déjà mises en œuvre une première fois. Un bâtiment existant qui sera démoli devient alors un « magasin » de matériaux disponibles, et nous aimons imager cela par l’image de la « mine urbaine », nouveau paradigme de nos circuits d’approvisionnement à repenser.

Photo ci-dessus : Souvenir de vacances. Maisons en pierre et en lauze à Peyreleau dans l’Aveyron, matériaux que l’on peut facilement déconstruire, nettoyer puis réemployer dans une nouvelle construction.

Un concept déjà éprouvé dans l’histoire

Se fournir en matériaux dans un bâtiment amené à être démoli est une pratique bien ancienne. Les matériaux de construction utilisés jusqu’à la fin du XIXème siècle s’y prêtaient bien : pierre, bois, terre… Une maison en pierres démolie ou laissée à l’abandon devenait facilement un stock de pierre pour reconstruire, comme sur la photo ci-dessus.

Fin du XVIIIème siècle, le réemploi de matériaux de construction constitue le modèle économique principal des chantiers de démolition : il est en général demandé aux entrepreneurs de remettre un prix comprenant la revente des matériaux démontés. Ce sujet est très bien documenté par Rotor dans le 1er chapitre de leur ouvrage « Déconstruction et réemploi, Comment faire circuler les éléments de construction ». Ils y présentent plusieurs recherches d’archives, et notamment des références de placards affichés dans les villes pour annoncer des ventes aux enchères de matériaux. Les entreprises de démolition sont alors également des revendeurs de matériaux anciens, comme l’entreprise Achille Picart à Paris qui exhibe à l’entrée de son entrepôt le fronton des Tuileries, déposé par l’entreprise. A Lyon, certains se souviennent encore de l’entreprise de démolition Badiou qui récupérait les matériaux les plus qualitatifs pour les revendre.

Vente aux enchères tuilleries

Affiche annonçant la vente des matériaux issus de la déconstruction des Tuileries, réalisée par l’entreprise Achille Picart. L’histoire de ce bâtiment et sa démolition est détaillée ici.

Aujourd’hui, ces pratiques se perpétuent pour les matériaux à caractères patrimoniaux, que l’on ne peut pas retrouver dans le commerce classique, comme les pierres ou les veilles charpentes bois. Les entreprises de rénovation de patrimoine se fournissent chez des revendeurs de matériaux anciens, présents sur l’ensemble du territoire français et référencés sur la plateforme Opalis.

La mine urbaine d’aujourd’hui à travers le développement des métiers du réemploi

Les préoccupations environnementales actuelles et la mise en avant de l’énorme gaspillage de matière dans le secteur du bâtiment a remis au goût du jour ces pratiques, en les élargissant à nos matériaux modernes. En effet, dans les démolitions d’aujourd’hui, il est courant de retrouver des matériaux quasiment neufs, en particulier dans les bâtiments tertiaires où tout nouveau locataire refait à neuf ses locaux, avec un turn-over régulier. Alors pourquoi ne pas proposer de rallonger le cycle de vie de ces matériaux ?

Pour cela, de nombreux métiers se développent autour des pratiques de réemploi : diagnostiqueur, AMO Réemploi, déconstructeur, reconditionneur de matériaux, market place, plateformes de revente, etc…

La première étape pour se fournir dans la « mine urbaine » des matériaux de réemploi est d’identifier le gisement. D’où la nécessité de faire réaliser un bon diagnostic ressources sur les opérations de réhabilitation/démolition qui comportent des matériaux qualitatifs. Ce diagnostic deviendra obligatoire avec le nouveau diagnostic « produit-matériaux-déchets », a priori en juillet 2021, mais encore faut-il qu’il soit bien réalisé ! Un bon diagnostic doit contenir à minima les éléments suivants :

  • Les caractéristiques techniques du matériau : dimensions, composition, fabricant/gamme, si possible fiche technique d’un matériau équivalent, quantité ;
  • Les informations sur l’état du matériau : son état visuel, comment il était employé/entretenu, s’il y a un risque de pollution amiante/plomb ;
  • La faisabilité d’une dépose soignée pour réemploi ;
  • Les possibilités de réemploi ;
  • Des photos et schémas si nécessaire.

Nous vous recommandons sur ce sujet la lecture du guide pour réaliser un bon diagnostic ressources réalisé dans le cadre du projet Européen FCRBE et téléchargeable ici.

Une fois le gisement identifié, il faut lui donner de la visibilité. Il existe plusieurs moyens pour cela, dont des marketplaces digitales. Concernant Bobi Réemploi, nous avons décidé de dédier une page de notre site à la présentation des matériaux que nous diagnostiquons. Nous ne sommes pas nécessairement en charge de la revente de ces matériaux, mais nous souhaitons vous partager notre vision de la mine urbaine lyonnaise !

La ville comme mine urbaine, une opportunité pour développer l’économie circulaire à grande échelle

Pourrait-on construire uniquement à partir de matériaux issus de nos mines urbaines ?

Une récente étude montre que le poids de ce qui est fabriqué par les humains a dépassé le poids des êtres vivants, en grande partie à cause du secteur du BTP. Il représente 1100 Gigatonnes ! Et la croissance de ce poids est exponentielle : il est grand temps de repenser nos circuits d’approvisionnement dans une logique circulaire.

Le CSTB travaille à modéliser le potentiel « stock » de matériaux disponible dans nos villes pour pouvoir avoir une vision macroscopique des ressources et ainsi anticiper l’utilisation de matériaux de réemploi et à base de déchets recyclés. Un article détaille leur démarche et l’état de leur recherche.

Comparaison masses

Comparaison des masses d’origine anthropique à la biomasse

Crédits : Emily Elhacham, Liad Ben-Uri, Jonathan Grozovski, Yinon M. Bar-On & Ron Milo, Global human-made mass exceeds all living biomass, Nature, décembre 2020

La construction de demain sera-t-elle circulaire ? Nous l’espérons et nous essayons d’y contribuer en explorant la mine urbaine que constitue notre région lyonnaise !