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Quelle Analyse Cycle de Vie pour un matériau réemployé ?

Crédit photographiques : Engenio Mazzone.

Comme nous l’évoquions dans notre précédent article, il semble évident que les pratiques de réemploi permettent de réduire l’empreinte carbone si importante dans le monde de la construction. Il s’avère toutefois difficile de quantifier ces réductions d’impact, tant le périmètre d’étude est large et les matériaux rencontrés sont divers.

Toutefois, à l’heure des fake news et des débats d’opinion, il nous semble plus que jamais primordial de fonder nos arguments en faveur du réemploi dans une démarche scientifique, dépassant ainsi notre simple « engagement moral » – sans doute nécessaire mais insuffisant. Certes, comme tout modèle, la démarche que nous proposons ne sera ni totalement juste, ni complètement fausse. Nous tenterons toutefois d’expliciter les hypothèses retenues et de proposer un regard critique face aux limites que nous rencontrerons.

Ainsi, dans l’attente d’une méthodologie commune déjà en cours d’élaboration (notamment à travers le groupe de travail mis en place par la Fondation Energie Bâtiment et le CSTB), nous avons décidé chez Bobi de nous prêter à l’exercice en tentant de répondre à ces quelques questions :

Quelles étapes du cycle de vie d’un produit sont modifiées dès lors qu’il est réemployé ?

– Sur quels indicateurs baser nos études ?

– Comment quantifier les gains liés au réemploi ?

Quelles étapes du cycle de vie considérer ? 

Dans un premier temps, concentrons-nous sur les étapes du cycle de vie qui sont impactées par le recours au réemploi. Afin de pouvoir profiter des nombreuses données déjà collectées par le CSTB concernant les ACV, nous avons repris les différentes phases proposées au sein des FDES (Fiches de Données Environnementales et Sanitaires déjà évoquées sur le blog de Bobi). Il y a ainsi 4 grandes étapes du cycle de vie d’un matériau, chacune subdivisée comme suit :

Figure 1 : Détail des phases pour l’ACV utilisées par le CSTB (Base INIES)


A première vue, seulement les phases A et C seront impactées par le réemploi. Pour la Maîtrise d’ouvrage (MOA) préférant utiliser un matériau réemployé à un neuf, il faut déduire les impacts liés à sa production (Phase A). Parallèlement, pour la MOA qui s’oriente vers une filière de réemploi plutôt que de simplement jeter un produit, il faut alors déduire les impacts liés à sa fin de vie (Phase C). Il est donc nécessaire de toujours réfléchir aux deux parties au cœur de l’échange, quand bien même il s’agit de réemploi in situ. Le matériau réemployé ne peut en effet être comparé à son équivalent neuf, mais plutôt aux deux matériaux neufs qu’il remplace (voir schéma suivant).

Figure 2 : Vision schématique des scénarios comparés, avec ou sans réemploi (les étapes concernées dans chacun des cas de figure sont marquées en rouge).

Pour ce faire, nous accolons donc « virtuellement » deux cycles de vie, permettant ainsi de pouvoir comparer le scénario avec réemploi et le scénario plus traditionnel ayant recours au neuf. Ainsi, il est possible de retrouver tout l’intérêt d’une ACV, à savoir comparer des scénarios et opter pour le meilleur. De plus, cette méthode permet de communiquer des résultats plus précis et plus justes à chacune des parties.

Pour se rapprocher encore davantage des impacts réels, il convient également de comptabiliser les phases propres aux scénarios de réemploi : le transport vers un lieu de stockage ou un atelier, les diverses opérations de remise en état, d’adaptation ou de reconditionnement et enfin le transport vers le site du nouveau projet au sein duquel sera réemployé le matériau. Grâce aux données de « Service » (transport, énergie et eau) également disponibles sur la base INIES, il est possible d’estimer l’impact de ces opérations supplémentaires, à condition toutefois de connaitre certaines valeurs propres au projet de réemploi considéré. En effet, s’il est plutôt simple de retrouver la distance parcourue par le matériau, il s’avère bien plus complexe de connaitre la quantité d’énergie nécessaire à sa remise en état…Au final, nous avons donc schématisé notre étude comparative comme ceci :

Figure 3 : Détail de la comparaison des étapes concernées (en rouge) pour les scénarios avec et sans réemploi.

Nous notons dès lors qu’en plus des étapes propres au réemploi, il convient de prendre en considération des efforts supplémentaires inhérents à ces pratiques : une dépose sélective (Phase C1 du premier cycle) et une repose parfois plus précautionneuse ou plus exigeante (Phase A5 du second cycle). Pour répartir les impacts supplémentaires entre les deux Maîtrises d’ouvrage, nous avons choisi de conserver la répartition par cycle : la dépose sélective est comptée dans le bilan de la MOA 1, alors que les étapes intermédiaires et la repose sont intégrées au bilan de la MOA 2. Au sujet de la répartition des impacts entre les deux acteurs, nous vous invitons à lire la rubrique « Méthode des stocks » au sein de la FAQ du site INIES.

Finalement, cette représentation nous alerte face à un abus de langage fréquemment rencontré : nous ne sauvons jamais vraiment un matériau de la benne. Après plusieurs cycles de réemploi, tout matériau y finira. Ce que propose le réemploi, c’est de prolonger la phase d’utilisation (B) en évitant, à chacun de ces cycles, la fabrication d’un matériau neuf et son élimination !

Remarque : Concernant la phase D (Bénéfices et charges au-delà des frontières du système), dans la majorité des cas, cette donnée n’est pas disponible dans les FDES. Peut-être qu’au sein de la future méthodologie commune, il s’avèrera pertinent d’user de cette catégorie pour comptabiliser les impacts du réemploi. En attendant, nous avons préféré négliger cette phase et détailler les étapes additionnelles propres aux scénarios de réemploi.

Quels indicateurs choisir ?

Une fois le choix des étapes clarifié, il faut encore savoir selon quels indicateurs nous pourrons comparer les scénarios avec ou sans réemploi. Si le potentiel de réchauffement climatique semble être une évidence, qu’en est-il des 16 autres indicateurs proposés pour chaque FDES ?

Afin de ne pas trop alourdir le texte, nous ne détaillerons pas à quoi correspondent ces indicateurs, mais vous pouvez retrouver ici un tableau détaillant pour chacun d’entre eux leur description, leur unité fonctionnelle ainsi que les principales causes qui y contribuent.

En s’inspirant des Analyses de Cycle de Vie que nous avons pu rencontrer, nous avons donc choisis de nous focaliser seulement sur les 6 indicateurs environnementaux suivants :

  • Réchauffement climatique (kg CO2 eq)
  • Épuisement des Ressources Abiotiques (kg Sb eq)
  • Air pollué (m3)
  • Eau douce consommée (m3)
  • Énergie primaire consommée (kWh)
  • Déchets produits (kg)

Présentation des résultats

Maintenant que les étapes et les indicateurs sont choisis, il est possible de comparer un scénario ayant recours au réemploi avec son homologue n’utilisant que des matériaux neufs. Pour faciliter la présentation, des diagrammes type « barre » ou « toile d’araignée » semblent particulièrement adaptés. Dans un souci de lisibilité, nous avons opté pour la première solution.

Figure 4 : Exemple de diagramme comparatif de scénarios avec ou sans réemploi – issu de l’étude du réemploi de 39m2 de parquet contre-collé (projet de Maëlle Architecture / ACV de Bobi Réemploi)

Limites et attentes

Malgré les nombreuses hypothèses que nous avons pu établir pour avancer dans cette méthodologie, il subsiste certaines limites qui devront être questionnées dans le futur :

  • La difficile prise en compte de l’impact des étapes intermédiaires. Difficile par exemple de quantifier les consommations en eau et en énergie de l’artisan qui réadapte une fenêtre à réemployer pour un nouveau projet. Au vu des premiers résultats que nous avons pu obtenir, il semblerait toutefois que ces impacts supplémentaires restent négligeables devant le gain permis par le réemploi

  • La délimitation entre les impacts imputés à l’une et l’autre des MOA. Il semble également complexe de savoir si les impacts supplémentaires générés par exemple lors d’une dépose sélective doivent être ajoutés au bilan du vendeur ou de l’acheteur. D’un point de vue global, toutefois, cela ne pose pas vraiment de problème.

  • Comme toute ACV, d’autres éléments à impact positif sont oubliés : la création d’emplois non délocalisables (pour la dépose et le réemploi effectif) sans oublier la revalorisation générale des métiers de la déconstruction. Autant de plus-values intéressantes socialement qui n’apparaissent pourtant pas dans la comparaison avec les scénarios plus traditionnels. A titre d’exemple, rappelons que pour le projet de la Grande Halle de Colombelles (Encore Heureux Architectes), le bureau d’étude G-ON et la structure du WIP avait communiqué au sein de leur retour d’expérience les bénéfices « sociaux » inhérents à l’opération (notamment le temps de travail des personnels du WIP)

Figure 5 : Retour d’expérience sur le réemploi mis en place lors du chantier de la Grande Halle de Colombelles (Encore Heureux Architectes, G-On, le Wip et Albert&Co – Maîtrise d’ouvrage : Normandie Aménagement)

Dans l’attente d’une généralisation des ACV qui, on l’espère, valorisera les démarches de réemploi, nous nous retrouvons bientôt pour vous présenter notre retour d’expérience suite à l’Analyse Cycle de Vie d’un des projets de Maëlle Architecture. Ce sera ainsi l’occasion de présenter les résultats encourageants obtenus grâce au recours au réemploi dans les projets d’aménagement !

Pour aller plus loin