Qu’est-ce qu’une analyse de cycle de vie (ACV) ?

Le bâtiment fait partie des quatre principaux secteurs responsables des émissions de gaz à effet de serre en France, avec l’agriculture, l’industrie et le transport. Pour réduire ces émissions, les efforts ont été concentrés sur les consommations d’énergie, notamment avec la mise en place d’une règlementation thermique dès 2005 (la RT 2005). Cependant, on se rend compte aujourd’hui que traiter le sujet des consommations d’énergie n’est pas suffisant car l’impact environnemental du bâtiment est beaucoup plus vaste… D’où la mise en place des analyses de cycle de vie (ACV), que nous allons vous expliquer dans cet article.

Définition de l’ACV

L’analyse de cycle de vie est un outil normalisé permettant de connaître l’impact environnemental d’un produit tout au long de son cycle de vie, c’est-à-dire de l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie. C’est une étude multicritère, qui permet de connaitre par exemple : les émissions de CO2, la pollution de l’eau, l’utilisation de matières premières, les déchets qui seront produits, etc… Chacun des indicateurs est calculé pour chaque étape du cycle du vie.

Cycle de vie d’un bâtiment – source : Construction 21

Réaliser une ACV sur un bâtiment consiste à rassembler quatre catégories de données :

  • L’impact des matériaux utilisés pour la construction (de l’extraction à la déconstruction du bâtiment),
  • L’impact des consommations d’énergie en phase exploitation,
  • L’impact des consommations d’eau en phase exploitation,
  • L’impact des consommations de la phase chantier.

Les données environnementales sont accessibles à tous sur la base de données INIES. Il existe des données :

  • De service, mises à disposition par le ministère de l’environnement, comme par exemple l’impact global de la mise à disposition d’1 kWh d’électricité dans un bâtiment résidentiel.
  • Spécifiques, concernant les matériaux mis en œuvre, généralement mises à disposition par les industriels ou des groupements d’industriels. On parle de FDES (Fiches de données environnementales et sanitaires) et de PEP (Profil Environnemental Produit).
  • Par défaut, lorsqu’aucune démarche n’a été établie par l’industriel, le ministère de l’environnement a établi des données de base, permettant de compléter l’ACV.

Il existe ensuite différents logiciels permettant de rassembler ces données, comme par exemple le logiciel ELODIE développé par le CSTB.

L’importance de la prise en compte de tout le cycle de vie d’un bâtiment

Pourquoi avoir mis en place cet outil ? Tout simplement car on s’est rendu compte que limiter les consommations d’énergies n’était pas suffisant. En effet, l’empreinte carbone due aux consommations d’énergie a diminué mais l’empreinte carbone due au reste du cycle de vie du bâtiment reste importante. L’association BBCA (Bâtiment Bas Carbone) estime à 1,5 tonnes équivalent CO2 les émissions globales émises par m² de bâtiment neuf construit aujourd’hui.

L’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) a réalisé une étude récente qui annonce plutôt un chiffre de 3,9 tonnes équivalent CO2 par m², dont 2,3 tonnes équivalent CO2 seraient dues aux seuls travaux !

Empreinte carbone d’un bâtiment de bureaux – source : OID

On parle souvent d’énergie grise, pour élargir le terme d’énergie à la prise en compte de l’impact global du cycle de vie. Certains acteurs du bâtiment proposent même d’aller plus loin pour prendre en compte « l’énergie sociale » ou encore « l’énergie économique », comme le propose l’agence Franck Boutté à travers son concept de TEGPOS, territoire à énergie globale positive.

Evolution de la règlementation

Le secteur de la construction va voir sa règlementation changer avec la mise en place de la règlementation environnementale, la RE 2020, à la place de la règlementation thermique (RT 2012). Elle sera appliquée à partir de janvier 2021. Celle-ci ne prendra plus en compte uniquement les consommations d’énergie mais également l’empreinte carbone du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie. Les émissions de CO2 seront calculées grâce à l’ACV.

Pour préparer cette règlementation, le label E+C- (Energie Positive Réduction Carbone) a été créé. Il a permis aux acteurs du bâtiment de tester la nouvelle règlementation pour la préciser avant sa mise en place officielle.

Aujourd’hui, des discussions sont en cours pour baisser le niveau d’exigence de la RE2020, pour laquelle le secteur du bâtiment ne semble pas encore prêt. Le bureau d’étude Enertech a publié une tribune très complète à ce sujet, signée par de nombreux acteurs du bâtiment durable qui espèrent que cette règlementation sera à la hauteur des enjeux

La prise en compte du réemploi dans une ACV

Le réemploi est vertueux en terme d’analyse de cycle de vie car il permet de réduire l’impact environnemental à deux étapes :

  • L’étape de production, en évitant l’extraction de matières premières et en réduisant le process de fabrication à une simple remise en état,
  • L’étape de fin de vie, en ne produisant pas de déchets à traiter mais de nouvelles ressources à réemployer.

Cependant, l’analyse de cycle de vie est un processus normé, qui se réalise à l’aide de données standardisées et vérifiées sur la base INIES. Et pour l’instant, la plupart des matériaux réemployés constituent un cas particulier pour chaque chantier. Il n’est donc pas envisageable en l’état de fournir une FDES spécifique par cas particulier de matériau réemployé… Un groupe de travail a été mis en place par la fondation Energie Bâtiment et le CSTB, et doit produire d’ici fin 2020 une méthodologie pour pouvoir intégrer le réemploi dans les ACV. Plusieurs pistes sont actuellement envisagées comme par exemple utiliser une FDES équivalente mais y enlever l’impact des étapes de la production et de la fin de vie.

Rendez-vous donc en 2021 pour une généralisation de l’analyse de cycle de vie, qui, on l’espère, valorisera les démarches de réemploi !